Antonin et sa jument avaient passé la nuit au bord de la mer Caspienne : les habitants d'un villageproche avaient offert, en signe de bienvenue, raisins secs, pastèque et galette de pain barbari. Faras,
toujours inquiète, broutait son herbe entre les rochers. Soudain, elle leva la tête, poussa un long
hennissement et s'ébroua joyeusement. Un petit cheval à la robe baie, aux pattes sombres et à la crinière
courte, se tenait devant eux ; sa longue queue hirsute touchait presque le sol ; il est vrai qu'il ne faisait
même pas un mètre cinquante au garrot. C'était un jeune et vigoureux cheval venu d'Asie centrale, encore
un peu sauvage, d'une race archaïque presque disparue et qui portait en lui toute l'énergie sauvage de
Gengis Khan. Le cavalier qui le montait portait une coiffe pointue en laine de chameau, une large chemise
brodée, des pantalons bouffants et des bottes de cuir grossier. Il s'adressa à Antonin : "Te nommes-tu
Antonin ? Je te donne ce cheval, son nom est Aspe, il te conduira dans les steppes d'Afghanistan. Salue
pour moi les montagnes d'Ariana et si tu la rencontres, incline-toi devant Roxane, belle princesse aux yeux
noirs à la douce lumière ; de toutes les princesses c'est la plus haute."
Le cavalier, d'un bond agile, enfourcha Faras et ils disparurent vers les déserts du sud, vers les terreslumineuses de la lointaine Arabie. Antonin s'inclina devant Aspe ; Aspe se cabra, poussa un hennissement
jeté vers l'Orient, il s'inclina sur ses pattes avant en signe de fraternelle complicité. Antonin sauta sur son dos
recouvert d'un simple tapis de feutre : il n'avait pas de selle mais le cavalier avait l'habitude, prise à Rapa Nui,
de monter à cru.
Ils galopèrent dans la steppe sur le chemin d'Alexandre, franchirent des rivières asséchées, des torrentsemplis d'eaux bouillonnantes, ils traversèrent des villages ruinés par des guerres incessantes mais vivants
d'enfants joyeux qui offraient fleurs et fruits.Aspe était à l'aise car il était chez lui dans ces paysages de hautes
steppes, de nuits glacées et de jours ensoleillés.Au loin, un antique minaret isolé dans la montagne, leur
indiqua qu'ils entraient dans le pays d'Ariana.Le cur d'Antonin tremblait. Il pensait à ses frères abandonnés,
à ses parents inquiets, il entendait la trompette nostalgique du Capitaine. Mais la lettre qu'il cachait sous sa