La porte s'ouvrit. Ils montèrent un escalier de 128 marches de marbre vert. Les parois étaient

d'émeraude et la voûte de lapis-lazuli. Les douces notes de la flûte étaient à peine audibles à présent,

transmises jusqu'ici au bout du souterrain par de savantes et mystérieuses prouesses acoustiques.

Une nouvelle porte, de cristal noir, cette fois : le garde présenta la poignée de son sabre ; de rapides

éclairs de lumière bleue et la porte s'ouvrit sur une grande pièce ronde ornée de tentures de feutre en

laine de chameau, aux couleurs discrètes du soir.

Assis dans un fauteuil sculpté, les épaules recouvertes d'un châle brun, vêtu du traditionnel costume

afghan d'une blancheur immaculée, les pieds nus, le prince Léo était face à une vingtaine d'écrans de

toutes tailles. La flûte de la fille aux yeux doux et noirs se faisait entendre maintenant dans toute sa plénitude,

lente, envoûtante mais allègre.

Le prince leva les yeux.

"Approche, Sahib, mon frère, et ne sois pas surpris. Ta visite m'était connue. Prends un siège et raconte-moi

ton voyage. Tu dois être las mais il était nécessaire pour ta sécurité et pour la nôtre que tu vinsses à cheval

dans le plus grand secret. Tu es ici au cœur du monde."

Antonin, pour tout dire, était estomaqué…

"Regarde d'abord par cette baie, continua le prince, nous sommes à l'emplacement même du grand Bouddha.

Il regardait l'infini ensoleillé du sud. A présent, c'est nous qui possédons son regard."

En effet, ils étaient dans une sorte de grotte située au sommet de la cavité qui avait abrité le grand

Bouddha avant que les barbares ne le détruisent au canon. Le prince revint à la console sur laquelle était

disposée toute une complexe machinerie câblée de boîtes d'acier, d'écrans, de leds et de diodes. "Voici

donc, disais-je, le cœur du monde."

Ebahie, sa majesté de Miri Miri écouta les explications du prince.

"Daoud, Davida et moi-même, nous sommes donné une mission : préserver notre planète d'un danger de

destruction qui se précise de décennie en décennie, je dirai même de lustre en lustre. Double destruction.