- Toujours ce chagrin d'amour ; elle passe le plus clair de son temps à chanter "ô fleur cruelle, tu m'as

brisé le cœur ; mon amour est parti, mon amour s'est enfui." Elle ne se nourrit plus, boit du thé et du jus

de grenade. Mais uniquement celui de Kandahar." Antonin reprenait peu à peu ses esprits : " Léo,

mon frère, tu m'avais parlé d'une double mission, quelle est la seconde ? - Vois l'écran là-bas, le rectangle

tout en hauteur, un carré long si tu préfères : il indique les 286 conflits de par le monde. Le nombre de

victimes s'affiche tout au long du jour, en direct, bien entendu." "Silence, Tao !" dit soudain le prince Léo .

C'était son chien, un paisible labrador provençal. "Que veux-tu, il n'aime pas les guerres, ça le fait grogner.

"Je disais donc qu'à tout moment je suis informé de l'intensité des conflits du monde.

- Et que fais-tu de tout ça ? Les guerres, les pollutions ?

- Je préfère que ce soit Daoud qui te l'explique ; c'est lui qui a eu l'idée avec Davida."

A ce moment la porte de cristal noir s'ouvrit sur ses gonds d'or et Davida apparut rayonnante dans

sa robe verte aux miroirs étincelants ornée d'une petite plaque d'argent, émaillée de bleu , aux motifs de

Ghazni. " Bonjour à tous ! " dit-elle, les yeux brillants. "Ah, se dit Léo, elle a dû recevoir un message secret

de Kandahar."

- Quelle est la situation, Sarwar Léo ?

- Stationnaire mais grave. Les campagnes s'asphyxient, les armées américaines et européennes sont

harcelées de par le monde par des groupes de combattants kamikazes qui sèment la terreur dans les

populations civiles, elles-mêmes sous le feu des missiles tout autant terrorisants.

- Il est temps d'intervenir. Toi, Daoud, mon frère, aux manettes. Toi, Léo, mon cousin, aux écrans.

Dehors, la flûte de la fille aux yeux doux et noirs se tut.

Et l'on assista à la plus étrange et incompréhensible et mystérieuse opération guerrière - mais peut-on

vraiment parler de guerre ? - que Gaïa ait connu depuis sa création.