Il envoya son souffle, le tchof, sur la feuille de papier, il la plia avec précaution, demanda

une bouteille d'eau, y glissa la feuille et ordonna de boire cette eau au rythme de cinq gorgées

par jour jusqu'à ce que la bouteille soit vide. Il salua et sortit dans la nuit. Le père et la mère

estèrent courbés longtemps après son départ. Mina, elle, s'était endormie.

 Sous la surveillance et l'exhortation de sa mère, Mina but l'eau magique selon les prescriptions

de Hadji le Paysan. Elle dormit beaucoup, sans ses terribles hallucinations. Au septième jour,

la bouteille vidée, Mina se leva, alla à la fenêtre et regarda la neige tomber. Elle était guérie.

"Père, sais-tu quelles étaient les paroles psalmodiées par Hadji le Paysan?"

- Je l'ignore, Minagak, petite Mina, certainement un verset du Coran Inimitable."

En réalité, il savait. Mais ces paroles devaient rester secrètes. D'autant que Minagak était

encore ignorante et innocente. Hadji le Paysan savait ce qui tourmentait Mina; il avait récité le

début du trente et unième verset de la vingt et quatrième sourate:

Dis aux croyantes:

de baisser leurs regards,

d'être chastes,

de ne montrer que l'extérieur de leurs atours,

de rabattre leurs voiles sur leurs poitrines,

de ne montrer leurs atours qu'à leurs époux

Mais le père, dans sa sagesse, n'en parla pas à sa fille: il lui restait encore quelque temps

avant de connaître sa condition de femme.

Mina ouvrit la porte, fit quelques pas dans la neige tendre et salua le soleil. A son zénith.