bloc de marbre était posé au milieu de la piste. Elle descendit, s'approcha et lut, gravée dansla pierre, une inscription grecque qu'elle connaissait bien
Enfant, deviens bien élevé ;jeune homme, maître de toi-même ;
au milieu de ta vie, juste ;
vieillard, de bon conseil ;
à ta mort, sans chagrin.
De part et d'autre, de multiples bouquets de fleurs lui souhaitaient la bienvenue. Elle avançait
maintenant à pied, quelques fleurs de coton à la main, le regard en quête de la vie. Au détour
d'un bosquet, elle découvrit l'univers qu'elle recherchait depuis si longtemps : au centre de
l'ancien palais grec, une foule joyeuse et colorée l'attendait, qui s'écartait à son passage. Au
son de la guitare, aux notes éclatantes de la trompette et de la tenora, au chant du piano
d'Hababibollah, Davida s'avançait, le regard haut et le pas léger sur l'herbe du soir. Une table
en chêne du Nouristan était dressée, recouverte d'une soie légère tissée à Balkh, ornée, en ce
jour de Nao Roz, des mille fleurs du printemps. Derrière, celui qui l'avait attendu pendant des
années de patience, d'amour et de fidélité. Au milieu de la table, une boule de pain posée sur
un lit de pistaches et une épée. D'un coup vif de l'épée, renouvelant le geste d'Alexandre , elle
rompit la miche, en offrit une moitié à celui qui l'attendait impassible mais avide. Il offrit l'autre
moitié à celle qui venait à lui. Chacun mangea lentement le pain offert, partageant ainsi la vie
et l'amour de l'autre.
Union sous la lune, à la musique de la nature, dans la douceur de la première nuit du printemps.