armées du monde depuis Alexandre jusqu'aux Anglais , aux Talibans et aux Américains. Ariditésuffocante. Grouillement de bus, de camions, de centaines de véhicules brinquebalants ou flambant
neufs, mais tous dans la poussière. Le volant du Toyota était tenu d'une main sûre, les garçons
étaient immobiles, cois et le regard fixe. Timothée avait arrêté de dire des blagues de Mister
Katchalou. Au fond du minibus, l'ombre bleue tremblait..
Le changement se fit discrètement aux abords de Peshawar. Léo se recouvrit du tchadri bleu etFaouzia s'installa sur le siège avant, car, bien sûr, c'était Faouzia qui avait pris la place de Davida,
restée à la qala ; elle tenait, serré contre elle, un passeport au nom de Léa : il avait suffi de rajouter
une barre discrète sur le o de Léo. C'est Davida qui avait eu l'idée de la substitution : on avait gardé
la photo ; ce qui changeait, c'était le modèle, cheveux décolorés et coupés plus courts avec une
minuscule queue de cheval. Léo passerait son examen de grammaire poétique en septembre, il
partirait avec un nouveau passeport, il reviendrait du Pakistan clandestinement, sous le tchadri,
avec quelques billets de mille afghanis pour tout passeport. Tel était le stratagème concocté sous
l'acacia : départ incognito de Faouzia, passage de la frontière sous le tchadri sans vérification visuelle,
légère transformation du passeport et de l'aspect du visage. "Fastoche !" avait dit Timothée. "Facile
comme un solo de trompette au lever du soleil à Band-i-Amir !" avait ajouté Siméon. "Facile comme
un bouzkachi à Kunduz !" avait précisé Antonin. "Facile comme un nocturne de Chopin un soir de
pleine lune au lac de Qargha "avait conclu Léo.
Hélas, tous se trompaient.Que se passa-t-il exactement ? Le voyage retour fut morose et silencieux. Léo avait repris sa
place devant et Faouzia la sienne sous le tchadri bleu. Seuls, quelques soupirs retenus signalaient
l'échec de l'aventure. En fait, Faouzia, au dernier moment, avait abandonné, son cur tremblait trop
fort , elle avait renoncé à franchir le pas vers une liberté incertaine et inconnue, sans possibilité de