Mais au lieu de la joie qui aurait dû l'habiter, le capitaine Siméon ressentait une étrange bizarrerie.Quelque chose n'allait pas et il ne savait pas quoi. Tapati, à présent, était carrément agité, il regardait
droit devant vers le large et il hurlait doucement à la mort. C'est alors que Siméon comprit tout : il ne
voyait plus Bora-Bora ! Au-delà de la barrière de corail, la mer était vide ! Il se leva, se mit sur la pointe
des pieds, se tapota les joues, se pinça les bras et les mollets, cria hé ! ho ! Il se rendit à l'évidence, il
ne rêvait pas, il était bien réveillé : Bora-Bora avait disparu !
" Bon sang de bois de bon sang de bonsoir ! Que faire ? se dit-il en un éclair. Vite, prévenir les frères.
Au galop. Tapati, arrive et cesse de gémir. Action ! Exécution ! Capitaine Siméon va prendre les choses
en mains. Mon sabre et mes mousquets ! Debout, là dedans, bande d'endormis ! Réveillez-vous fainéants !
Bora-Bora a disparu ! - Quoi ? dit Léo - Qu'est-ce ? dit Antonin - Quoi y a ? dit Timothée - Bora-Bora a
disparu ! ". D'un commun accord, les trois frères ouvrirent lentement l'il gauche. " Mais qu'est-ce qu'il dit ?
- Je vous dis, hurla le Capitaine, que Bora-Bora a disparu. Disparu ! Si vous ne me croyez pas, levez-vous et
venez voir. Action ! Exécution ! Sabres et mousquets, alarme, alarme ! - Mais il est devenu fou ce pauvre
Siméon ! Pour ses neuf ans ! Quel triste anniversaire ! Devenir fou le jour de ses neuf ans ! Quelle tragédie !
Quel désastre ! Ah, pleurons mes frères le triste sort de Siméon qui a perdu la tête ! Si jeune ! "
Mais le capitaine Siméon était déjà reparti sur le ponton, sabre au clair et mousquet à la main gauche.
Léo, Antonin, Timothée furent bien obligés de le suivre, en pyjama, traînant la patte, à la queue leu leu.
" Oh, la la, Bora-Bora qui a disparu ! Pourquoi pas envolée dans les étoiles ! " Mais ils eurent beau
écarquiller les yeux, se pincer mutuellement les joues et se donner des coups de savates dans les
chevilles, les quatre garçons durent se rendre à l'évidence : l'île de Bora-Bora avait bel et bien disparu
et, à la place, la mer, la mer, la mer !