Bah, un petit morceau de chocolat en cachette, personne ne le saurait dans le noir de la nuit. Léo,lui, réfléchissait intensément : il était l'aîné et il lui revenait, du moins le pensait-il, de trouver une
solution. Retrouver Antonin. Percer le mystère de la disparition de Bora. Sauver Raiatéa. Vaste
programme. Le Capitaine, quant à lui, bouillait d'impatience : action ! action ! Il fallait faire quelque
chose. Mais quoi ? " Timothée, qu'est-ce que tu en dis ? ". Mais il est difficile de répondre la bouche
pleine de chocolats. Aussi répondit-il par un borborygme. " Brg brg " " Bonne idée ! reprit le
Capitaine, faut y aller ! - Complètement de votre avis, ajouta le Prince. - Action ! Exécution ! "
Chacun prit sa rame, sauf bien sûr Tapati qui remuait la queue, et, avec régularité, force et rapidité,
ils filèrent en direction de Bora-Bora, ou du moins vers l'emplacement où elle se trouvait naguère.
Sa Majesté étouffait de rage. Les rats grimpaient sur ses chevilles et, à présent, d'autres s'attaquaient
à ses mains, jusqu'à ses poignets. C'est ce qui le sauva. Les rats grignotaient ses liens ! Avec application,
efficacité et contentement. Ce que ne savait pas Antonin c'est que la ficelle qui le liait avait servi à
empaqueter des fromages qui venaient de Suisse et que l'odeur en plaisait aux rats : ils rongeaient
la ficelle croyant manger du gruyère ! Antonin était entouré de rats mais il était libre ! Tout doucement,
il siffla, les rats se mirent en colonnes par deux derrière celui qu'ils considéraient dorénavant comme
leur maître. Suivi par ses commandos à la longue moustache, Sa Majesté le Roi de Miri-Miri se dirigea
vers l'échelle de fer qui menait au pont supérieur.
A Raiatéa, tout était calme. En apparence du moins. Car la situation était gravissime. Les parents, qui
dormaient paisiblement, ne pouvaient s'en rendre compte. Ni le Chinois, ni Camille, ni Lambert, ni
personne à Uturoa. Depuis minuit très exactement, le ponton s'enfonçait dans l'eau du lagon. Oh, certes,
c'était imperceptible. Un tout petit centimètre. Mais avec le ponton, c'était toute l'île qui commençait à couler.