de noir, était à l'amarre, courant sur son erre, le drapeau noir flottant sur son mât principal.Manifestement, il attendait la pirogue et ses trois otages, tel un requin à pointe noire prêt à
fondre sur sa proie.
Brusquement le vent fraîchit, le ciel se noircit, un grain se préparait. Avec sang-froid, le capitaine
cria ses ordres à l'équipage : - Pare à l 'écope ! - Paré à écoper, répondirent les trois matelots.
La pluie fut brutale, violente et diluvienne. Brise du Lagon, Tarzan de la Montagne , Robinson du
Motu écopaient avec vaillance et régularité. Le capitaine Siméon tenait la barre avec vigilance et
force. Son foulard noir dégoulinait de pluie sur ses yeux et sur tout son visage ; le capitaine était
parfaitement trempé, comme ses matelots et comme l'acier de son coupe-coupe, mais le bateau
tenait bon sur l'eau et filait droit sur la passe. Bondissant sur la houle du large, parfaitement maîtrisé
par la main du capitaine, l'embarcation fonça vers le ketch noir. C'est Brise du Lagon qui la première
aperçut la pirogue. " Brise du Lagon, à la barre ! " " Oui, capitaine ! " " Et vous autres, arme à la main,
paré à l'abordage de la pirogue ! " Brise du Lagon manuvra avec habileté pour se mettre sous le vent
et pour couper la route de la pirogue. Elle se mit bord à bord, le bord du canot dominant largement celui
de la pirogue. Tels des diables avec leurs foulards noirs, le capitaine Siméon, ses matelots , sa matelote
et Kahina, se jetèrent sur les pirates qui emportaient les trois frères. " A moi, les corsaires de Miri-Miri !
A l'abordage ! " cria le capitaine Siméon, ivre d'ardeur et de vaillance. Aidés par une terrible rafale de vent,
coupe-coupe et harpons en mains, ils eurent bien vite raison des huit pirates terrorisés par ces quatre démons
et leur chienne jaillissant du grain noir et terrifiant. Piqués au harpon, tailladés au coupe-coupe, les pirates
affolés se jetèrent à l'eau dans l'espoir insensé de rejoindre leur ketch. " Soignez votre crawl et n'oubliez pas
de respirer... " leur lança le capitaine Siméon. Et ils disparurent à jamais dans la houle du large. " Nana ! Au revoir ! "
dit simplement Brise du Lagon. Entre temps, Kahina avait rongé les liens de Léo, Antonin, Timothée. Enfin libres,