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Tu es ma prière, toi aperçue si peu en ce jour afghan d'automne mordoré. Nos regards se sont happés
avec violence nous liant l'un à l'autre. Ton gâdi*, entraîné par un jeune cheval aux pompons rouges, t'emportait
dans la poussière; tes yeux sombres de khôl ouverts sur la lumière du soir, tu as tourné ton visage vers le mien,
incroyablement proche, et ta vie mystérieuse est entrée en moi. Le soleil transparent et doux éclairait la rue de
terre, les maisons d'argile, les peupliers jaunis et tremblants. Tu es partie altière et souriante dans le contre-jour,
vers les montagnes qui ferment à jamais très au loin et à tout jamais la plaine horizontale. Espoir douloureux.
* calèche