Les Déshérités
Chassés, désespérés, ils ont quitté leur terre.
Foyers en feu, champs dévastés, dantesques cieux :
Ils ont abandonné les os de leurs aïeux,
Ils ont fui la douleur, la faim et la misère.
Adieu, chant de la steppe, élégies du désert,
Vents sur la pierre nue, grandes nuits de silence ;
Adieu douce patrie, chimères d'insouciance,
Cantilène de joie, hymne des matins clairs.
Portés par l'illusion, hardis s'en sont allés,
En mer. Rêvant de libertés imaginées.
Salut à tes rivages, ô Méditerranée,
Lumières d'occident, bel éden étoilé !
Mais le flot est furieux et la barque incertaine.
La vague les a pris les délivrant du Mal,
Leur apportant la paix du Néant sépulcral.
Leur dernière vision fut d'espérance vaine.
Chassés, désespérés, ils ont quitté leur terre,
Ils ont fui la douleur, la faim et la misère.