était réunie, vahiné et tané, femmes et hommes, se levaient à leur passage, entonnant des iménés

de force et de joie.

 

Le Grand Marae était devant eux fait de larges dalles de basalte gris. Au fond, juste devant le ahu,

l'autel des anciens dieux de Polynésie, Léo, le Prince des Eaux, vit le grand piano à queue flanqué

de deux tikis de pierre. Il avança seul sur la grande plate-forme dallée, porté par les iménés chantés

par la foule. Il arriva devant le piano. La foule se tut. Les pirogues s'arrêtèrent. Les dauphins firent halte

en position verticale. Seul le piano jouait. Le Prince Léo déposa la fleur de tiaré sur les touches, aussi

légère qu'une note de musique. Il prit place à côté de celle qui avait toujours refusé de le regarder lorsqu'il

plongeait dans le port ou se promenait sur les quais d'Uturoa.

 

Alors monta jusqu'au haut du plus haut des tamanous, jouée à quatre mains, la mélodie la plus joyeuse

qu'on n'ait jamais entendue dans toutes les îles de Polynésie.

La foule à l'unisson poussa un " Vivat, Vivat, Vivat " de force, d'amour et de joie !