A l'école de Timothée, il y avait une méchante maîtresse, deux filles qui griffaient et qui pinçaient

et deux garçons qui mordaient. Ah la la ! Les enfants ne voulaient plus aller à l'école. La méchante

maîtresse n'arrêtait pas de crier dans les oreilles des enfants pour leur faire peur, les filles griffeuses

et pinceuses et les garçons mordeurs faisaient leurs coups en douce. Les autres enfants en avaient

marre. Ils avaient entendu parler, bien sûr, du magicien et de sa clochette enchantée qui faisait tiling,

tiling, tiling avec l'accent chinois. C'est du reste pour ça qu'on l'appelait le magicien chinois.

 

Un jour, en fait c'était ce matin du 30 mars, un jour donc que la maîtresse criait, que les filles griffaient

et pinçaient, que les garçons mordaient - c'était la récréation du matin -, on entendit brusquement " tiling,

tiling, tiling ! ". Tous les enfants se mirent à dire : " Le magicien chinois ! Le magicien chinois ! La clochette

enchantée ! La clochette enchantée ! " Tout le monde se tut. Même la méchante maîtresse s'était arrêtée

de crier pour la première fois de sa vie. Tout à coup apparut dans la cour un dragon de quinze mètres de

long qui crachait du feu bleu et qui lançait des éclairs orange. Et, debout sur le dragon, il y avait le magicien

chinois tout habillé de rouge et de jaune doré, portant un masque de jade et un chapeau pointu ; il avait à la

main sa clochette d'or, la clochette enchantée. Ti-link, ti-link, ti-link, disait-elle en chinois.

Le dragon, au son de la clochette enchantée, envoya une flamme verte sur la méchante maîtresse. Les

cheveux de la méchante maîtresse devinrent tout verts, un poil vert lui sortit du menton et un gros bouton

vert lui poussa sur le nez qui devint gros, gros, gros. Honteuse, elle partit en courant, sans crier parce

qu'elle était devenue muette, et on ne la revit plus jamais à l'école.

Le magicien chinois agita de nouveau sa clochette enchantée, le dragon envoya une belle flamme bleue

couleur du ciel le soir au-dessus du lagon : et le miracle magique s'accomplit. D'un coup les deux filles

griffeuses et pinceuses furent couvertes de fleurs, hibiscus rouges et blanches tiarés, qu'elles allèrent

offrir à tous les enfants, à tous les maîtres et maîtresses de l'école. Au lieu de les griffer et de les pincer,

 

 

Tout le monde se mit à danser, même le dragon.

 

 

Ceci, contrairement aux apparences et malgré les rires goguenards des soi-disant " grands ", est une histoire authentique. De nombreux témoins en attestent. Ces témoignages sont consignés au greffe de la Bibliothèque de l'Université d'Uturoa (BU2).