Que nenni, fi du danger ! Et Mateo continua à descendre alors que tout le monde montait.Il arriva au port empli de navires et d'hommes et de femmes de tous pays, voiles grecques,
rames égyptiennes, galères romaines, matelots de Palestine, capitaines de Syracuse ou de Carthage,
filles de la Crète. Il prit par la droite, arriva au pied droit du colosse ; une porte en bois d'olivier donnait
sur un raide escalier. Mateo, serrant sa trottinette contre lui, s'élança et grimpa vivement les marches.
Tout l'intérieur de la statue était en bois ; seul l'extérieur était de bronze. Il fut bientôt au niveau des yeux.
Il s'approcha et contempla la mer.
Le soleil était bientôt à son zénith. Les eaux étaient du calme paisible que craignent les marins,aucun vent, aucune vague. La flamme de la torche était pâle dans l'air surchauffé. Seule, au loin, une
voile rouge essayait de gagner le port. Mateo distingua à la proue un jeune marin à l'allure vive et au
regard perçant.
Le soleil se voila soudain, la flamme du colosse vacilla, les oiseaux du ciel montèrent haut dansles airs et disparurent au loin. Mateo sentit le colosse trembler légèrement. Inquiétant. Une seconde
secousse fit s'éteindre la torche. Le jeune marin luttait contre la tempête naissante ; il amena à demi
la voile ; les flots devenaient violents ; les processions se faisaient plus nombreuses mais les chants
s'étaient tus ; les chevaux hennissaient de terreur. L'esplanade du temple trembla à son tour. Toute l'île
fut silence soudain. Le jeune marin luttait désespérément contre les vagues et le vent, essayant d'atteindre
le port en passant sous les jambes du colosse. Les nuages couvraient le ciel. Mateo, de son observatoire,
comprit qu'un tremblement de terre s'annonçait et qu'un raz-de-marée, un tsunami diraient les historiens du
futur, allait envahir l'île. Le colosse résisterait-il ? Le bateau du jeune marin arriverait-il à temps à l'abri du port ?
Terrible et incertaine course. Un terrifiant craquement se fit entendre, les genoux du colosse se fissurèrent puis
se brisèrent. Mateo sauta sur sa trott' et, au moment où la statue géante s'effondrait sous lui, il s'élança dans les
airs tourmentés. Il repéra très vite le voilier désemparé, sa voile rouge déchiquetée, ses bois sur le point de craquer.