pas de pêcheurs en paréo pour m'offrir une corbeille de mangues et de bananes, nul chantde jeunes filles sous les cocotiers du rivage, nul ukulélé au son vif, nul tambour au rythme sourd.
Seul le silence de la plage déserte et de la montagne inconnue. Je me suis avancé vers le motu,
dans l'eau tiède jusqu'aux cuisses ; le sable était de corail et je m'y suis agenouillé de fatigue,
de crainte mais de gratitude et d'apaisement aussi. Je viens de je ne sais où par delà le flot
brumeux et la houle porteuse ; j'ai quitté mon pays de terres et de neiges. Je n'ai plus ni pays,
ni mère, ni père."
Léo n'en revenait pas. Incroyable. Quel flot de paroles étranges ! Daoud l'Enfant se dressa, pieds
nus et yeux noirs. Il était vêtu d'une chemise brodée et d'un pantalon bouffant de fin coton. " Je te
connais, dit Léo, tu es Daoud Khan l'Afghan, prince de Band-i-Amir. - Et toi, tu es le Prince Léo,
tu es mon frère ! Les deux garçons se serrèrent les mains fraternellement et regardèrent la mer.
Ils décidèrent de se rendre sur l'île. Pour cela, ils empruntèrent une vieille pirogue creusée dans
un tronc de cocotier. Le rivage était étrangement calme. Aucun aboiement de chiens. Aucune sterne,
ni noire, ni blanche. Aucun véhicule. Nulle vahiné, nul enfant, nul pêcheur. Ils arrimèrent leur pirogue au
ponton de l'ancienne maison du Prince Léo. Mais tout était vide. Vide aussi la maison du Chinois.
Ils coururent jusque chez Hervé et Edith leurs voisins. Personne. L'inquiétude emplit le cur de Léo
et celui de Daoud. Sur chaque ponton de la baie, ils remarquèrent une boîte de métal noir, sorte de
radar ; ils virent que c'était des caméras, une diode rouge montrait qu'elles fonctionnaient. Ils comprirent
alors que chaque faré était surveillé par une caméra. " Pcht ! ", Léo et Daoud se retournèrent. De sous
le ponton, une voix les appelait. C'était Antonin, caché à l'il espion de la caméra. D'un bond, tous les
trois furent dans la soupente du faré, à l'abri des radars. Antonin expliqua la situation. Un popa, Français
de métropole, chassé de son pays, l'affreux Mister K2 avait pris le pouvoir en Polynésie ; il avait installé
des radars partout et surveillait tous les habitants. La peur régnait : peur de marcher trop vite, peur de