1Je suis l'oiseau volage
Au jeune chant flûté,
Rêvant de liberté,
Prisonnier dans sa cage.
2
Grands rires enfantins :
S'en vont vives fillettes
Chercher douce amourette
Dans la joie du matin.
3
A l'heure de midi,
Monte le cri solaire
Du genre humain maudit
En quête de lumière.
4
Au souvenir de toi,
J'ai le cur qui bastonne
Et mon âme frissonne
Aux rêves d'autrefois.
5
Arcanes de la nuit,
Délivrez-la des songes,
Des leurres, des mensonges
De son amour enfui.
6
Au chant du rossignol,
Les affres de la nuit
Reprennent leur envol
Vers le rêve qui luit.
7
L'aile du papillon
S'en va vers la lumière,
Libérée, ô prière,
Du venin des scorpions.
8
Les fleurs du Golestan
Ont embaumé la plaine,
Parfums d'Afghanistan,
Douleurs et amours vaines.
9
Brûlure du désert
Sur la peau ruisselante,
Stigmates de l'enfer,
Ô vie étincelante !
10
Tes lèvres libertines
Appellent l'amour vif,
Les rêveries mutines,
Le bonheur fugitif.
11
Quand vient l'orée du soir,
Les parfums de la terre
Libèrent leurs mystères,
Et répandent l'espoir.
12
L'eau fraîche de la mer
Inonde ton visage,
Laissant sur le rivage
Les souvenirs amers.
13
Le libre enfant des mers
Vogue vers l'horizon
Découvrir l'univers
Et l'heur du grand frisson.
14
Les cuivres de Mahler
Illuminent la nuit,
Les cordes de Schubert
Chantent les jours enfuis.
15
Un soir de belle lune,
Quand brille au loin la mer,
Chante mon infortune
Aux souvenirs d'hier.
16
(27 mai 1944, bombardement de Marseille par l'aviation américaine)
C'était un mois de mai,Marseille sous les bombes
Pleurait sur mille tombes
Aux cris de liberté !
(Chacun sait que mai a toujours rimé avec liberté)
17Lesbos, île de soleil et de volupté
Dans l'harmonie marine et l'amour exalté.
Espoir des affligés dans leur cruelle errance,
Lesbos, terre de lumière et de liberté.
18
Racines énigmatiques
Des non-dits de la douleur,
Elan vers un ciel mythique:
Mon bel amandier en fleur.
19Fils ardent de la steppe à cheval dans la nuit,
Sous l'il froid de la lune il va l'âme tremblante
Au loin dans le passé chercher l'aube naissante,
Au jour mystérieux des vieux secrets enfuis.
Tu es lumière de l'été,
Horizon clair, brise subtile,
Vague marine, élan gracile,
Voile légère et liberté !
21
Tu es lumière du désert,
Galope au vent d'éternité
Dans la brûlure de l'été,
Fille du sable au rire clair.
22
Tu es lumière de ma nuit
Dans l'inquiétude des étoiles,
Du ténébreux secret du Voile*
Et du chaos des jours enfuis.
* le Voile qui, dans la mythologie persane, nous sépare du monde réel, de la Vérité.
23
Tu es lumière de la terre,
Champ de blé mûr ou de lavande,
A l'univers, gracieuse offrande,
Soleil ardent, troublant mystère.
Bondis, ibex ensoleillé,De roc en roc, prince des cimes,
Libre, sauvage, émerveillé,
De l'Hindou Kouch, maître sublime.
* ibex, chèvre géante sauvage des hautes montagnes d'Asie centrale, d'Afghanistan en particulier.
25
Danse, gazelle sous la lune,
Dans le silence nilotique;
Libre arabesque sur la dune,
Tu es lumière prophétique.
26
Vole, aigle ébloui de lumière,
Altier par-delà les nuages,
Libre, maître des aubes claires,
Chercheur d'impossibles mirages.
27
Va, dauphin de la mer salée,
Sous les lumières du cosmos;
Libre dans la nuit constellée,
Tu es vainqueur de Thanatos.
28
Chante, fillette illuminée,
Dans l'insouciance de l'été,
Libre, rêveuse, passionnée:
Promesse de félicité.
29
Dans la légèreté de la mer qui s'éveille,
Dans la fraîcheur de l'aube au soleil des lointains,
Vers l'Eros créateur une voile appareille:
Libre Nausicaa s'en va vers son destin.
30
Glaive de sang! Mâle vigueur! Ame de feu!
Au soleil de midi, Achille jaillissant
- Ivresse fulgurante et combat glorieux -
Porte au loin son ardeur, son coeur resplendissant.
31
Une tranchée de roc emmène vers la terre,
Au domaine des morts et des rêves enfuis
Dans l'ultime caverne, inconnaissable Mère,
Refuge primordial de l'éternelle nuit.
32
La pensive Athéna, dans l'ombre des colonnes,
Questionne l'horizon et la mer infinie,
Elle appelle à venir une froide Antigone
Libérée des passions, fille de l'harmonie.
33
Les humains oublieux de Gaïa la féconde,
Hagards et incertains dans la peur du Néant,
S'agitent aux folies des affaires du monde
Ignorant Thanatos et l'univers béant.
34
Prisonnier à son mât dans le noir étoilé,
Epris de liberté, vieux mirage orgueilleux,
Au chant frais des sirènes, amour cantabile,
Ulysse implore en vain le silence des cieux.
35
Enivrée d'amour léger,
Au son vif des mandolines,
Dans l'éclat des orangers,
Elle est toute joie latine.
36
A l'aube de la mer, aux parfums du maquis,
Grenades et cédrats, jujubes et kakis,
Clapotis de la vague, insouciance solaire,
Hédoniste abandon. Conscience solitaire.
37
Ô pays tant aimé à tout jamais perdu
Dans le passé brumeux des limbes incertaines,
Douleur criée, larmes cachées et fureurs vaines,
Ô terre bien-aimée, mon espoir défendu.
38
Libre dauphin de la mer,
Tu bondis au soleil clair
Dans la joie et l'insouciance,
Pureté dans l'insolence.
39
Libre frégate aux grands vents,
Tu domines l'océan,
Impériale et solitaire,
Harmonie, soleil, lumière.
40
Libre gazelle à la lune,
Tu gambades sur les dunes,
Dans l'attente du soleil,
Suprême et parfait Eveil.