Seul le bruit léger des rames et des pagaies, plof, plof, troublait le silence du matin. Le Capitaine était confiant :il était en relation directe avec Sa Majesté, laquelle, dans son hamac royal de Nao-Nao, mâchouillait son dernier
bonbon chinois : il était temps de gagner la guerre. Siméon était d'autant plus confiant qu'il savait de source sûre
pouvoir compter sur la flotte de l'Amiral Joseph arrivée le matin même de Bora-Bora après une traversée fulgurante
de huit jours, bravant houle, tempête, requins et raies mantas, battant très largement le record du célèbre " Moeanu "*
qui avait tant rêvé de fraîcheur qu'il avait pris tranquillement et longuement le frais entre les deux îles.
La flotte de l'Amiral était redoutable tant par son armement que par le talent de son commandant. La gloire
de l'Amiral Joseph était grande dans tout la Polynésie, de l'île de Pâques jusqu'aux îles Cook. Le capitaine
Siméon pouvait compter sur lui. Gloria ! Gloria ! Gloria !
Le Capitaine avait un plan. Par ses espions, il savait que les crabes félons se goinfraient à midi avec les provisionsroyales et qu'ensuite, repus, ils faisaient la sieste au fond de leur trou sous le sable. Donc, attaquer pendant l'heure
de la sieste, quand seules quelques sentinelles bedonnantes aux pinces fatiguées montaient la garde. Crabouille !
Crabouille ! On les aura, mon capitaine !
Pirogues et kayaks, évitant avec habileté patates, concombres, salades et autres écueils du lagon, abordèrent ensilence la terre chérie de Miri-Miri. Les guerriers de Siméon se déployèrent avec agilité. Crabouille ! Crabouille !
murmuraient-ils en silence. Ils atteignirent les premiers cocotiers sans apercevoir aucun ennemi. Le Capitaine Siméon
restait toutefois attentif. Lorsque soudain il comprit tout. " Trahison ! C'est un piège ! cria-t-il, les crabes ne dorment que
d'un il ! Ecrabouillez les crabes ! "
Leur ruse découverte, les crabes sortirent de leur trou, dégringolèrent des cocotiers et se jetèrent sur les assaillants,leur pinçant le nez, les oreilles et surtout, c'est ce qu'il préférait, les fesses. Crabe, ouille ! ouille ! Siméon eut un instant
de trouble ; il douta. " A toi, Tim ! " Timothée agita sa baguette sept fois et la dirigea vers les noires bestioles en criant
* " Moéanu ", en polynésien " rêve de fraîcheur " : ketch bien connu appartenant aux parents des héros