d'offrandes faites au Roi : crabes vivants, fleurs, pièces de monnaie entouraient les tikis* de pierre noirequi semblaient monter la garde devant le palais du Roi de Miri-Miri. Satisfait de cet hommage, Antonin 1er
sourit, d'autant que le serviteur lui apportait bananes, papayes, mangues arrosées d'un jus de citron vert,
pain au coco et jus d'ananas. Il se mit à manger en fredonnant une vieille chanson tahitienne " J'ai faim,
je veux manger de la banane, j'ai soif... " Mais son attention fut alors attirée par une offrande, là-bas tout en
bas : un tiki de marbre blanc qu'il n'avait jamais vu jusqu'alors. " Bizarre, se dit-il, il n'y a point de marbre
dans nos îles. " Mais Antonin 1er n'était pas loin de se prendre pour un dieu et rien ne l'étonnait. " En fait,
je suis Antonin, dieu de la guerre, et le peuple et mes ministres me rendent un hommage qui m'est dû. ".
Effectivement, le Roi de Miri-Miri s'était rendu célèbre dans toutes les îles, depuis les Marquises jusqu'aux
Iles Cook et à la lointaine Rapa Nui, par ses victoires à la tête de ses pirogues. Harpon à la main, il menait
ses troupes à l'abordage des flottes ennemies. Le Roi de Miri-Miri ne faisait pas de quartier, il piquait,
il tranchait, il vainquait ! Victorieux de tous les autres rois, maître à présent de tous les archipels polynésiens,
il avait aimé le sang et les larmes qui coulent. Il était normal qu'il fût adoré à l'égal du dieu Oro, le dieu de la
guerre. " Dieu est mort, criait-il parfois, perché en haut du plus haut des cocotiers, Dieu est mort et je l'ai
remplacé ! Je suis Dieu ! Vive Moi ! " hurlait-il face au soleil couchant pendant que du bas des cocotiers
montaient les chants d'adoration et que les vahinés jouaient du ukulélé.
Cependant, Antonin 1er n'était pas heureux.
Il avait gagné toutes les guerres, il avait fait couler le sang de tous ses ennemis, il était respecté de tous
ses peuples. " On me respecte mais on ne m'aime pas, se disait-il parfois en regardant la Voie Lactée qui
blanchissait le ciel de la nuit, je ne peux compter que sur mes frères. " Il était fatigué des combats, des armes