Sur un geste de l'Amiral, les pirogues s'écartèrent ; le vaisseau présenta sa proue, pénétra

dans le lagon, escorté de centaines de pirogues, et jeta l'ancre devant le motu de Miri-Miri.

 

Mû par un étrange sentiment, Antonin 1er descendit de son palais, vêtu de son plus beau paréo,

rouge à fleurs blanches ; il s'approcha du rivage. Sur le pont du navire apparut une fière jeune fille

aux yeux bleu vert, vêtue d'une longue tunique blanche : " Je suis Nikaïa, reine de Mykonos, princesse

de Délos et je te salue, ô Roi de Miri-Miri. Je connais depuis longtemps tes exploits mais le temps

des combats est fini ; je connais ton ennui et je t'offre la lumière des îles bleues ! "

 

Comme frappé par l'éclair, Antonin 1er fut subjugué ; il monta lestement à bord, plaça un collier de

fleurs de Raiatéa autour du cou de Nikaïa. Il se retourna vers la foule assemblée sur les rivages :

" Peuple de Miri-Miri, de Raiatéa et des Iles, je vous quitte. Vivez dans la paix et l'harmonie ! Mes frères,

je pars ! Vivez heureux ! "

 

Le navire blanc à la voile carrée leva l'ancre au son des ukulélés et au chant des guerriers ; les vahinés

dansaient en lançant des guirlandes de fleurs et des colliers de coquillages.

Auprès de Nikaïa, Antonin avait trouvé la force, la liberté et la joie.