Je saute les témoignages farfelus du matin (certains l'avaient même vu, à Perpignan, assis en haut d'une colonne

sur la place Arago, avec un escargot tout chaud !). Voilà : à 18 h, ce soir, c'est sûr et archi-sûr, trois gendarmes,

deux pompiers, un maire, six pêcheurs et un professeur (mais ce dernier témoignage est fragile, les autorités, à juste titre,

ne l'ont pas pris en compte) ont vu, de leurs yeux vu et archi-vu Siméon en haut du clocher de Collioure, un bandeau de

corsaire sur l'œil gauche, un sabre à la main droite brandi vers le large ; à 18 h 15, une goélette toute voilure réduite s'est

présentée à l'entrée du port ; à 18 h 17, le capitaine Cook est apparu sur le pont avant, sabre au clair ; à l'aide d'un porte-voix,

il a donné ordre aux gendarmes, pompiers et autres badauds de s'éloigner du quai, sous la menace de ses douze canons tribord.

Sur un signe amical du capitaine Cook, votre frère Siméon, hardiment et avec panache, a sauté du haut du clocher pour se poser

en souplesse et avec grâce sur le gaillard arrière : " Colliourenques, Tordériens , vous tous Catalans et vous, Bretons et autres

habitants du reste de la France, ne craignez rien ! Je pars au large rejoindre mes frères en Polynésie sur l'île de Raiatéa. "

(c'est ainsi que tout le monde a entendu) Les voiles se sont gonflées, la tramontane s'est levée, la goélette s'est tournée vers le

large de la mer et a disparu non sans avoir tiré une salve de ses 24 canons !

 

Voilà, Timothée, la fin de l'histoire. Peut-être Siméon est-il déjà arrivé sur l'île de Kakatéia, peut-être êtes-vous déjà en train de manger

tous ensemble du poisson cru arrosé de lait de coco et de jus de papaye. Je vous embrasse tous les quatre enfin réunis sous les cocotiers

de Tata Yépa.

 

Votre grand-père affectionné