" Lorenzo della Notte a pu ainsi mettre au jour certains faits qui, sans éclairer le dénouement,

apportent malgré tout des lumières intéressantes. Selon lui, à la sortie du vertigineux pont Gisclar

jeté acrobatiquement sur la Têt, les deux enfants auraient sauté en marche au péril de leur vie

- mais quel courage ! quelle détermination ! -, ils se seraient accroupis dans le proche tunnel,

auraient grimpé dans le prochain train qui redescendait. Et là est le plus grand des mystères

auquel se soient jamais affrontés les cerveaux les plus aiguisés de tout la Cerdagne. De multiples

témoins en attestent, réduits au silence jusqu'à présent par l'incompréhension du voisinage, inquiets

de la risée des autres, leur parole enfin libérée : le petit train jaune n'était plus jaune. Il était vert !

Oui, le petit train vert est revenu en gare de Villefranche à l'heure même où les commandos parachutistes,

bernés, ridiculisés, humiliés, sautaient sur le jaune en gare de Mont-Louis. Les employés de la S.N.C.F.

de Villefranche n'ont rien trouvé là d'extraordinaire : ils n'étaient pas de la région, seulement des intermittents

recrutés pour la saison. Le petit train vert, conduit par le jeune Siméon, a été vu filant de toute sa vitesse vers

Perpignan. A Prades, certains l'ont aperçu, celui qu'il faut bien appeler maintenant un jeune délinquant,

une casquette SNCF sur la tête, sa copine effrontée montée sur le toit de la locomotive et jouant du violoncelle.

A Rodès, ils ont même eu l'incroyable culot de jouer un double concerto pour violoncelle et klaxon en l'honneur

de leur arrière grand-mère (qui avait tout tu jusqu'à présent), tut-tut ! tut ! tut ! Leur trace se perd à la gare de

Perpignan où ils sont arrivés à la tombée de la nuit ; dans la pénombre, personne n'a remarqué la couleur verte

du train. Mais la question se pose, cruelle pour les autorités, pertinente pour les admirateurs des deux jeunes héros :

qui avait repeint le train en vert ?. De quelles complicités ont-ils bénéficié ? Certains avancent le nom redouté d'une

société secrète, les Peintres-Hypocrites, à laquelle serait liée la famille de la gamine. On comprend mieux à présent

comment le jeune Siméon a pu se retrouver au petit matin sur le clocher de Collioure, pirate flamboyant au soleil levant !

Mais qu'est devenue son amie ? A-t-elle profité de l'émotion provoquée par l'arrivée du capitaine Cook pour monter

discrètement sur le voilier ? A-t-elle rejoint son ami sous le feu des 48 canons de la frégate ? Pleure-t-elle au contraire,