" Antonin, Siméon, debout ! cria Léo, bougez vos carcasses amollies ! Aux armes ! " Abandonnant Timothée

qui, à présent, rongeait gloutonnement un ananas, les trois frères quittèrent séance tenante la maison,

traversèrent le jardin, courbés sous la tempête et gagnèrent le petit faré. Ils y dormaient la nuit. Enfin,

dormir est un grand mot car, en réalité, dès les parents et Timothée couchés, ils se relevaient à la clarté de la lune

et, à la lumière de leur lampe de poche, ils gagnaient leur caverne secrète et invisible aux yeux des parents,

juste derrière le manguier, camouflée par un amas de jeunes bananiers aux larges feuilles.

 

C'est ce qu'ils firent dans la lumière assombrie de l'après-midi : dans la cabane qu'ils avaient construite

patiemment et à l'insu de tous, ils soulevèrent une natte de feuilles de papayes et revêtirent leurs uniformes

qu'ils avaient soigneusement pliés dans un coffre de bois. Siméon mit son habit brodé de corsaire, celui-là

même qu'il portait en quittant Collioure avec le capitaine Cook, ses bottes et son large chapeau à plume orné

d'une tête de mort. Antonin enfila sa combinaison, couleur métal, étincelante, marquée d'une étoile rouge à

l'emplacement du cœur, mit sa cagoule d'or qui ne laissa apparaître que ses yeux ardents. Léo revêtit sa tunique

de soie bleu lagon, piquetée d'étoiles d'argent et qui retombait sur un pantalon bleu nuit. Siméon empoigna son sabre

et passa une dague à la ceinture. Antonin se saisit d'un lance-missile en or qu'il portait à l'épaule et mit un pistolet

lance-rayons dans l'étui qu'il avait à la hanche. Léo, lui, se mit autour du cou un collier fait d'épines d'oursin géant et

portant en son centre une pierre sculptée mystérieuse.

 

" Allons-y mes frères ! " L'ordre de Léo fut bref et pour tout dire laconique et tout en clarté.

Ils prirent le chemin de la mer, empruntèrent le bateau de père Laurent, Antonin à la barre, Siméon assis à la proue,

plume au vent, Léo debout au centre, son regard d'aigle des mers portant au loin. Ils arrivèrent au motu de Miri Miri,

le minuscule îlot de corail planté de cocotiers en bordure de la passe du lagon. Ils sautèrent lestement sur le sable ;

la tempête redoublait mais ils n'en avaient cure (explique, Léo). Ils s'arrêtèrent devant une grille de fer rouillée dissimulée,