Les jours avaient passé. Le Prince des Eaux océanes avait dû retourner à Bâmiyân dans la qala

de Daoud et Davida. Il avait repris ses activités écologiques et pacifistes devant ses nombreux écrans

qui le renseignaient sur l'état du monde. Mais son esprit n'avait pas oublié la jeune fille habillée en

costume du Nouristan, le "Pays de la lumière" - la plus haute lumière, assurément. Avec ses frères,

compatissants et attentifs à sa mélancolie, il allait de tchaïkhona en tchaïkhona, parcourant la région

de Bâmiyân à la recherche du calendrier et de la photo qu'il pourrait encore contempler. Et, pourquoi

pas, emporter avec lui. Mais, hélas, il ne trouva rien qui pût lui rappeler les yeux noirs de Kaboul.

C'est donc dans une grande fébrilité qu'il vit arriver le printemps : le 21 mars, jour d'équinoxe,

c'était le Nouvel An et les quatre frères avaient prévu de passer quelques jours à Kaboul pour fêter

la nouvelle année sous la conduite du Prince Daoud. Ils emportaient avec eux leurs cerfs-volants :

ils voulaient participer aux fabuleuses batailles dans le ciel de la ville. Seule Davida était restée

dans la plus haute chambre de la qala, jouant du luth et pleurant son amour perdu. "Toi, songe à moi,

ô mon amour, à tout jamais."…

Mais le Prince Léo ne pensait guère aux batailles de cerfs-volants : c'était bon pour ses jeunes

frères, des "minots" aurait dit grand-père Joseph ! Il espérait retrouver la photo du calendrier. Hélas.

Hélas. Mille fois hélas. Que la neige du printemps tombe et enfouisse tout Kaboul ! L'année, en ce

premier jour de Amal, avait changé. Et le calendrier aussi. Horreur. Horreur. Horreur. Que toutes les

sorcières d'Angleterre soient maudites, que toutes les fées de Bretagne lui viennent en aide, et vous,

magiciens des steppes, soutenez le Prince, portez-le et donnez-lui la force de vivre dans la lumière !

Atterrés, ébaubis devant un tel bouleversement du temps et des jours (la photo du calendrier de

cette année représentait un affreux cavalier, tchopendoz affalé sur son cheval, la moustache avachie,

la cravache entres les dents jaunies et le bonnet enfoncé jusqu'aux oreilles. Argh !), les quatre frères,

toujours sous la bienveillante tutelle de Daoud, prince mélancolique, se rendirent sur le terrain - le grand