travailler avec le CNED même si c'est trop difficile plutôt que bâiller dans une classe de 5e."
C'est alors que le Magicien prit la parole : "Ibrikidibri (c'était sa nouvelle formule magique), L'Etoile

du Sud qui m'inspire me dit qu'il est allé donner à manger aux chevaux du centre équestre. - Mais comment

tu sais ça, toi, interrogea Siméon. - Je le sais, voilà, c'est tout."

 

Il galopait dans la nuit finissante ; un sac sur son dos, deux sacoches accrochées à sa selle : quelques

biscuits Arnott's rapportés religieusement de Polynésie, une gourde d'eau, le livre de math du CNED, un

devoir à poster, deux ou trois BD, quelques vêtements de rechange, un maillot de bain et des tongs. Antonin

galopait de colline en colline telle une flèche dans le vent. Il avait décidé de repartir en Polynésie et de s'inscrire

en 5e au lycée des Iles sous le Vent. Une lettre mystérieuse reçue la semaine précédente, l'y avait incité.

Cette lettre lui était précieuse : il la tenait serrée sur sa poitrine. Depuis, il avait préparé son départ dans le plus

grand silence et le plus grand secret. Seul, Léo était au courant et devait entretenir le mystère le plus longtemps

possible : son rôle consistait à lancer de la fumée pour égarer les inquiétudes familiales. Le temps qu'Antonin

se trouve hors de portée.Pour l'heure, donc, il filait bon train, le corps tout en souplesse , l'esprit léger,

vagabond et aventureux. Il voulait, dans un premier temps, s'arrêter en Afghanistan et retrouver Daoud et

Davida qui coulaient des jours tranquilles au bord d'une rivière à truites au cœur de l'Hindou-Kouch. Sa

monture, une belle jument arabe, nommée Faras, à la robe gris pâle, à la blanche et éclatante crinière,

le menait, aérienne et vive, vers son destin.

Le soir même, ils étaient à Marseille. Du haut du palais du Pharo, dressée sur ses deux pattes arrière,

la jument hennit de joie à la vue du Château d'If. Antonin, lui, inclina son buste vers la grise forteresse marine :

il y avait enfermé pour toujours ses tristesses, ses soucis, ses infortunes, ses peines. Un mistral léger et vivifiant

lui apportait joie, félicité et plénitude. Revigoré, plein d'ardeur, il salua d'un geste large le château d'If, les îles du

Frioul, la mer pleine de promesses. Il donna trois coups légers sur la missive qu'il tenait sur son cœur, caressa

l'encolure de sa jument et s'élança au galop vers le soleil levant, vers l'orient, vers son bel et lumineux avenir.