Il traversa l'Italie sans histoire, dormant à la belle étoile, se nourrissant de fruits et buvantl'eau fraîche des sources. A une exception près : en passant à Pisa, au pied de la tour qui
penche, il se fit pizzaiolo et enseigna aux Italiens ébahis l'art de faire la pizza aux couleurs
catalanes, tomate, fromage de brebis au safran, la célèbre antonina. Arrivés à Ancône,
Faras, d'un bond, sauta sur le pont d'un bateau en partance pour la Grèce ; la traversée
fut simple, les naseaux au vent du large, la jument devinait au loin les terres de ses ancêtres
d'Arabie ; Antonin, lui, comptait les étoiles de la nuit et son cur battait plus fort au souvenir
des étoiles du sud.
Au matin, ils étaient en Grèce, à Patras. Antonin s'était promis de saluer Olympie, sestemples, ses stades et ses fleurs ; il s'était juré de respirer l'air léger de Delphes, ses oliviers,
sa mer lointaine et sa lumière bleue. Alors, il rencontra Bucéphale, cheval ailé d'Alexandre. Et
Alexandre-le-Grand, de la pointe de son épée de flammes, lui montra le chemin de l'Orient.
Antonin et sa monture arabe traversèrent la Turquie, ne s'arrêtant qu'au pied du montArarat, la cime enneigée sous le soleil, protégeant en son sein la vieille Arche de Noé. Antonin
eut une pensée pour ses frères et ses parents restés au Canigou, il entendit la trompette joyeuse
du Capitaine et se dit qu'il devait continuer à galoper sur la trace d'Alexandre. Sa jument savait
qu'elle s'éloignait du pays de ses ancêtres, l'Arabie. Elle se promit de ne point abandonner son
cavalier avant qu'il ne fût en terre sûre. Après, seulement, elle pourrait retourner en pays arabe.
Ils arrivèrent en Iran. Antonin sentait bien que sa jument renâclait et que ces terres persanesn'étaient pas pour elle : elle tournait sa belle tête vers le sud, vers les pays arabes, et dans un
grand frémissement de ses naseaux elle appelait ses lointains congénères, lançant un long
hennissement tremblant. Mais que faire d'autre sinon avancer vers ces mystérieuses montagnes
où vivaient Davida et Daoud ?
![]()