praticables. Ils se contentaient de regarder le magnifique ciel bleu ; d'autant que l'histoire de

Timothée et des loups les rendaient prudents. Ils ne perdaient pas leur temps : ils étudiaient

grammaire, littérature, mathématiques, histoire... Ils apprenaient le persan, plus précisément,

le dari ; le prince Daoud étaient leur professeur, rigoureux et fraternel. Ils travaillaient avec

passion leur instrument de musique et, dans le silence de la montagne et de la neige, les notes

de la guitare, du piano, de la tenora et de la trompette enchantaient la paix des premiers jours

du monde. La douce Davida, toutefois, gardait son air de mélancolie. Isolée tout en haut de la

qala, assise sur des coussins verts, elle jouait du luth et chantait ses tristes poésies, pleurant

son amour perdu, vivant dans un monde de rêves passés, de projets évanouis, d'illusions sans

avenir. Afghanistan, terre des rêves brisés. Elle restait ainsi de longues heures à méditer, lisant

et relisant Omar Khayyâm et Hâfez. Son passe-temps favori consistait à tirer une carte d'un jeu

dont chaque carte était un poème de Hâfez. Le contenu du poème éclairait sa journée. Celui qu'elle

espérait le plus disait

 

Fille ne pleure plus, car une fois encore

Le printemps règnera sur les vertes prairies :

Dans la maison des pleurs

Les roses jailliront à nouveau du sol nu...

 

Son frère lui avait bien offert un ouvrage qu'il appréciait particulièrement et qu'il avait rapporté

de Téhéran, les Pensées de Marc Aurèle, espérant que Davida se réconforterait au contact de

l'empereur romain. Mais elle se moquait des conseils donnés par Marc Aurèle, si lointain dans le