femme qui rentrait chez elle un fagot sur le dos. Elle la fit monter, la déposa plus loin, à proximité d'unecabane de terre. Les saluts et les remerciements furent discrets et mêmes silencieux, à l'image de la
nature et de la nuit.
Minuit venu, Davida s'arrêta sous un ciel pur d'étoiles glacées et de lune froide, encore loin de laroute du Nord. Elle vida un chargeur. Vitres relevées, elle ne craignaient cependant rien des loups qui
maintenant l'entouraient. Somnolant. Sursautant parfois. Puis, finalement, s'endormant profondément.
C'est un long coup de klaxon qui la réveilla. Le jour s'était levé, sans doute depuis longtemps. Devant
elle, pare-chocs contre pare-chocs, un bus, inattendu, incongru, bizarre en ces lieux, entre deux murailles
de neige. Elle fit marche arrière jusqu'à un refuge inespéré, laissa passer le bus et ses passagers taciturnes.
En fait, la grande route du Nord était proche, bien dégagée. Davida s'arrêta dans une tchaïkhonapour se réchauffer, but un thé matinal, bienvenu et revigorant. Une galette de pain chaud la mit de bonne
humeur. Bientôt, elle allait revoir Aï Khanoum et, surtout, celui qu'elle croyait perdu. Mais avant, il lui fallait
traverser l'Hindou-Kouch par le col du Salang, à quelque 3800 m d'altitude et, pour cela, emprunter un long
tunnel qui s'enfonçait en bordure de la montagne. Le côté extérieur ouvrait parfois sur les précipices par
des arcades plus ou moins obstruées de neige - stalactites et stalagmites de glace se rejoignaient et
formaient muraille.
De l'autre côté du tunnel et du col, c'était la grande plaine du Nord, le fleuve Amou, les fouilles d'AïKhanoum, mais, surtout, fouilles profondes au fond de sa mémoire et de son cur. Davida, princesse,
s'engagea dans le tunnel. Ténèbres de la terre. Chagrin noir.
Un joyeux rayon de soleil entra sans permission dans la grande chambre où dormaient les quatre
frères. Malicieux, il se dirigea d'abord vers les paupières de Léo ; celui-ci, grognon, remonta sa