L'avancée dans le tunnel était délicate et même périlleuse : le sol était glissant et le

passage étroit. Davida n'avait cure, toutefois, des périls, portée qu'elle était par l'ardeur

et un cœur dilaté par la joie de l'espoir. Mais ardeur et joie ne suffisent pas toujours à

vaincre la nature et les obstacles qu'elle place sous les pas des humains. La Land Rover

dut s'immobiliser, bloquée qu'elle fut par les congères qui, à la suite d'une avalanche neigeuse,

avaient pénétré dans le tunnel par les arcades ouvrant à gauche sur le vide de la montagne.

Congères glacées dont seul le printemps viendrait à bout. Ou un miracle. Et le miracle vint.

Telle une trompette de Jéricho, une puissante vibration musicale venue on ne sait d'où vint

ébranler la muraille de glace qui obstruait le tunnel ; le bloc de neige glacée sous l'effet d'une

trompette inconnue mais intense, puissante, sonore, se fissura ; les ondes sonores, flux musical

impétueux, pulvérisèrent les blocs de glace. Et Davida passa, au son de la trompette victorieuse

maîtresse de la montagne vibrante et brûlante.

Elle atteignit rapidement la sortie du tunnel puis le sommet du col. La trompette s'étaient

tue, devenue inutile. Seule demeurait la mélodie du vent sur les pentes ensoleillées. Un air neuf

emplissait les poumons avides de Davida. Elle renaissait à la lumière de midi. La jeunesse et

la vigueur du printemps vibraient en elle. Elle descendit vers les grandes steppes du nord.

Elle arriva sur les rives de l'Amou Daria. Elle longea le fleuve aux eaux bouleversées du

Pamir, le remontant, cœur battant, jusqu'aux abords d'Aï Khanoum. Au bas de l'horizon , à

l'opposé du soleil, la lune montait en son premier quartier, dans un ciel au bleu pâle et apaisé :

Dame Lune accueillait Davida.

La princesse aux yeux gris se présenta seule à l'entrée du chantier de fouilles étrangement

désert. Mais où était la foule habituelle des archéologues et des ouvriers ? Elle dut s'arrêter, un