- D'abord, je ne m'appelle pas Benoît, mais Timothée qui honore Dieu et si je suis béni par la

puissance divine, ce n'est pas ton cas, capitaine des eaux plates ; reste là-haut sur ta colonne

et essaie plutôt de réfléchir."

Siméon, abasourdi par ce flot de paroles et par tant de références savantes ne pipa mot.

Léo regarda son jeune frère avec étonnement et une certaine inquiétude : il trouvait en Timothée

un sérieux concurrent en matière de langage, de lexique et de grammaire. Mais il avait six ans

d'avance, se rassura-t-il.

- Revenons à nos moutons karakuls et au grave problème qui nous préoccupe, dit-il.

- Qui préoccupe surtout Faouzia, précisa Daoud.

- J'ai une idée, dit Siméon.

- Ah ! Ecoutons l'idée de Siméon. Parle, du haut de ta colonne. C'était Timothée qui se voulait

conciliant pour se faire pardonner son agressivité de tout à l'heure.

- Enlever Faouzia au grand galop de nos chevaux me paraît incertain et utopique. Mais gardons

l'idée de la fuite. Je vous proposerait plutôt..." . Tous se rapprochèrent pour entendre le plan du

Capitaine qui parlait à voix basse. Il fut convenu que c'était Davida qui parlerait à Faouzia.

Dès le lendemain, Faouzia fut tenue de porter le tchadri - la burqa disaient les pachtous et

plus particulièrement les talibans. Le tchadri, avait dit son père, t'empêchera d'être vue par les

hommes et de provoquer ainsi chez eux de mauvaises pensées. Dès à présent, tu appartiens à

Zaïd, ton futur mari. Obéis et oublie.

Ombre bleue, on devinait Faouzia au loin, allant d'un pas lent dans la qala ou accompagnant

sa mère sur les chemins. Elle ne voyait le monde qu'à travers la grille de tissu qui ouvrait sa prison

au niveau des yeux.