Juillet était arrivé. On apprit que Léo, prince des eaux océanes, devait rentrer en Francepour passer un examen de grammaire poétique. C'était l'occasion de revoir ses chers parents
mais aussi ses chères collines au parfum de thym, un monde qui lui était devenu lointain et
presque étrange. Il fut dit que, parce que le billet était moins cher, il prendrait l'avion à Islamabad,
direction Paris où ses parents l'attendraient. Il fut aussi convenu que ses frères l'accompagneraient
jusqu'à l'aéroport, en passant la frontière à Torkham, à l'entrée de la passe de Khyber, lieu mythique.
Daoud et Davida seraient, bien entendu, du voyage. Davida annonça que pour des raisons de
sécurité, pour passer inaperçue, elle porterait le tchadri. Décision tout à fait inattendue vu les
convictions et les habitudes de la princesse mais qui fut reçue finalement sans grande surprise :
après tout, on était en Afghanistan.
La veille au soir, la qala fit la fête pour le départ de Léo. Le Prince de la mer récita quelquesvers d'Homère en hommage à la Méditerranée qu'il allait revoir : " On lava, on rinça tout le linge sali
et sur le bord de mer en ligne on l'étendit, où le flot quelquefois battait la rive et lavait le gravier...
La ronde était menée par Nausicaa aux bras blancs. " Le luth, la tenora, la guitare, la trompette,
le piano d'Habibollah chantèrent aux étoiles. Une flûte lointaine répondit sous le mûrier.
A sept heures, le lendemain matin, le minibus Toyota était prêt à partir sur la piste qui menaità la grande route qui venait du Nord et allait vers Kaboul, Djalâlâbâd et le Pakistan. Daoud était au
volant, Léo près de lui. Derrière, les trois frères côte à côte. Au fond, l'ombre bleue de Davida. Vers
midi, ils étaient à Kaboul, à trois heures à Djalâlâbâd, en pleine chaleur. Une heure après, le minibus
arriva dans l'indescriptible pagaille du poste frontière grillé par le soleil, étouffé par la poussière.
Daoud descendit du Toyota avec les six passeports, dans chacun un billet de cent afghanis. Il revint,
le visage impénétrable. "On y va.". Il suffisait de franchir la passe de Khyber, passage de toutes les