Le capitaine Siméon avait choisi de passer exceptionnellement la nuit dehors dans le hamac,

ce qui l'avait certainement sauvé ; d'autant qu'il avait dormi très profondément et n'avait rien entendu.

Mais il n'était pas question pour l'heure de s'attarder à réfléchir et à rêvasser. Le Capitaine était un

homme d'action. Il avait déjà descendu le bateau dans l'eau, il avait chargé bananes, noix de coco,

masques , tubas (on ne sait jamais peut-être faudrait-il faire des recherches sous-marines) et surtout

tous les coupe-coupe de la maison, sans oublier une massue que lui-même avait taillée avec son

couteau suisse dans du bois de fer de TapuTapuAtea. Le frère de Brise du Lagon, Robinson du Motu,

et son cousin, Tarzan de la Montagne, étaient arrivés, armés chacun d'un harpon. Brise du Lagon avait

une fleur de tiaré à son oreille gauche. Comme tous les matins.

 

Promptement ils furent à bord du bateau, grand canot propulsé par un robuste moteur Johnson de 120

chevaux. " Paré pour lever l'ancre ! " " Paré, Capitaine ! " répondirent Tarzan, Robinson et Brise du Lagon.

Kahina était déjà installée à la proue, la langue haletante. Le capitaine Siméon lança le moteur, se mit à la

barre, foulard noir noué sur la tête. Hardiment, il lança : " Mes frères, tenez bon, j'arrive ! A l'attaque ! "

 

L'affaire fut menée à la vitesse de la foudre. Sur les indications de Brise du Lagon, le capitaine Siméon,

l'œil sur la boussole de proue, dirigea son embarcation vers le motu de Miri-Miri. Rien en vue. Le capitaine

évitait avec adresse les récifs de coraux et les patates coralliennes. Il était six heures et demie et la pirogue

avait fait son chemin. Avait-elle franchi la passe ? Les prisonniers avaient-ils déjà quitté le lagon ? Les pensées

du Capitaine allaient bien sûr avant tout au jeune Timothée, le benjamin et donc le plus faible ; il avait confiance

en Léo et Antonin, ses deux aînés, vigoureux et pleins de courage. Mais que pouvaient-ils faire ligotés au fond

d'une pirogue, fût-elle de cocotier ? Soudain, Kahina jappa. " Ouah ! Ouah ! " fit-elle simplement en regardant

au-delà de la barrière de corail. Le capitaine leva les sourcils : au loin un ketch, vieux cotre à tape-cul, tout peint