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 Il retourne ainsi près de la mare nocturne, dans les ombres très noires de la terre

et des mûriers. La vie y est émergente, les éléments s'y confondent, indiscernables

et puissants. Jaillissez, forces enfouies, saisissez-vous des ombres, entourez ses

pleurs d'invisibles caresses. Il repose en vous et se mêle au passé indicible, à la joie

vagabonde de son enfance. Arbres silencieux. Mare mystérieuse. Musique de la flûte. 

L'eau l'appelle et l'invite au bonheur de la mort où seule la mémoire est vivante. Le Voile.

 Il veut connaître l'autre face du chaos, l'autre côté des larmes, l'envers du pitoyable. 

- Tu n'es qu'un enfant, Daoud, et tu comprendras plus tard que le Voile n'existe pas,

ni l'eau profonde, ni l'air limpide, ni la terre sombre. - Mais je ne veux pas attendre

l'improbable et l'interminable: l'eau de la nuit, le parfum des mûriers, la lumière du jour

à venir, la douceur des yeux de ma mère.

La surface de l'eau semble frémir sous le souffle subtil du matin. La mosquée du silence

est belle et solide.

Mais la Ville reprend sa vie et Daoud son incertaine marche.